Gouvernance · · 7 min de lecture
Reprendre un projet SI en dérive sans confondre faits et responsabilités
Un projet qui dérive accumule rarement des erreurs techniques. Il accumule des décisions repoussées. La reprise consiste à les traiter en séparant les faits, les actions à engager et l’instruction éventuelle des responsabilités contractuelles.
Un projet en difficulté produit une tentation constante : comprendre qui a fauté. C’est une réaction naturelle et, du point de vue du calendrier, coûteuse. Tant que la question dominante est « à cause de qui », chaque acteur consacre son énergie à documenter sa position plutôt qu’à débloquer la suite.
Deux exercices distincts
Établir les faits nécessaires à la décision et instruire les responsabilités contractuelles sont deux travaux différents. Le second est parfois indispensable ; il relève alors du juridique et suit son propre calendrier. Le premier est celui qui permet de repartir.
J’annonce cette séparation au premier comité, et elle change l’ambiance des entretiens qui suivent. Les personnes qui savent où sont les problèmes acceptent de les décrire dès lors qu’elles ne risquent pas d’être citées dans un dossier.
Ce que l’on trouve à peu près à chaque fois
- Entre trois et dix arbitrages structurants en attente, chacun bloquant plusieurs tâches en aval.
- Des interfaces sans porteur : les points où la responsabilité change de main n’appartiennent à personne.
- Un périmètre qui a évolué sans que le contrat, le budget ou le calendrier ne suivent.
- Un reporting déconnecté, qui mesure l’activité et non l’avancement.
- Une hypothèse fondatrice devenue fausse, que personne n’ose rouvrir parce qu’elle remettrait en cause le lancement.
La séquence
Reconstituer la chronologie
Reconstituer ce qui a été décidé, quand, sur quelle base, et ce qui a changé depuis. Entretiens croisés, revue documentaire et contractuelle. Le document est partagé avec toutes les parties avant d’être présenté : une chronologie contestée en séance ne sert à rien.
Interfaces et arbitrages
Un porteur nommé sur chaque interface, puis l’instruction des décisions en attente : options, conséquences, recommandation. Les présenter en une seule séance produit plus d’effet que dix points d’avancement, parce que le comité voit enfin l’ensemble de ce qui le bloque.
Le plan de reprise
Un plan par lots, avec pour chaque lot des critères de sortie explicites : ce qui doit être vrai pour le déclarer terminé. Un lot sans critère de sortie ne se termine jamais, il se dilue dans le suivant.
Ce qu’il faut être prêt à accepter
Une reprise honnête débouche parfois sur une réduction de périmètre, un report ou l’arrêt d’un lot. C’est un résultat de mission, pas un échec. Le coût de poursuivre un lot dont la valeur a disparu dépasse largement le coût politique de l’arrêter, et il continue de courir.
Ce que l’organisation doit conserver après mon départ, ce n’est pas le plan. Ce sont les rituels de décision qui l’ont produit. Sans eux, la dérive suivante est déjà en préparation.
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